Rura a organisé visibles, un événement inédit à Paris réunissant 150 jeunes ruraux de 15 à 25 ans venus de toute la France. Une journée pour donner une voix à une jeunesse trop souvent absente des médias et des représentations.
“Ce qui nous éloigne nous unit”
64 % des Français vivent en zones rurales ou dans des petites villes, soit près de 10 millions de jeunes de moins de 20 ans. Pourtant, cette jeunesse rurale reste largement absente des médias, des modèles de réussite et des politiques publiques.
“On a l’impression qu’on n’existe pas, vu que notre village n’est pas connu.”
Laura, étudiante, participante à l’événement
10 millions d’invisibles que les kilomètres séparent mais qui partagent un vécu commun. En effet, ces jeunes vivent un quotidien marqué par des défis structurels qu’ils partagent, quel que soit leur territoire. En témoignent ces chiffres issus de Jeunesse et mobilité, l’étude nationale sur la mobilité sociale et géographique des jeunes ruraux que nous avons conduite avec l’Institut Terram et en collaboration avec l’Ifop en 2024 :
- 2h37 de transport en moyenne par jour pour les 18 ans et plus vivant en communes très peu denses, soit 42 minutes de plus que leurs homologues urbains
- 528 € par mois consacrés en moyenne aux transports, soit 221 € de plus qu’un jeune urbain du même âge
- 49 % ont déjà renoncé à des activités culturelles à cause des contraintes de mobilité
- 68 % des 18-24 ans déclarent avoir subi une discrimination liée à leur lieu de vie rural
Face à ces inégalités territoriales, beaucoup de jeunes ruraux s’autocensurent dans leurs ambitions, convaincus d’être seuls face à leurs difficultés. C’est pour briser cet isolement que Rura a organisé visibles.
visibles : un événement par et pour les jeunes des territoires
Le 29 octobre 2025, Rura a réuni à la Cité Internationale Universitaire de Paris 150 jeunes ruraux issus de 50 départements différents, accompagnés d’une centaine de mentors et partenaires. L’objectif : créer un espace où ces jeunes puissent se raconter, se reconnaître et construire ensemble un récit commun.
La journée s’est articulée autour de trois temps forts :
1. Témoigner d’un vécu partagé
Dans le cadre du programme Les jeunes des territoires ont la parole, cinq jeunes ont participé à un concours de prise de parole sur le thème « Mon vécu de jeune rural ». Leurs discours ont fait résonner dans la salle des expériences similaires, parfois identiques, vécues à des centaines de kilomètres de distance.
“J’aime à penser que, si nous sommes loin des musées et des expositions prestigieuses, nous n’en sommes pas moins une part de leur histoire. Et nous en sommes peut-être l’origine même.”
Clémence, gagnante du concours
Entendre d’autres voix, d’autres accents, d’autres histoires… et s’y reconnaître. Ces témoignages ont permis à chaque participant de réaliser que ses doutes, ses galères et ses rêves sont partagés au-delà des frontières de son territoire.
2. Prendre conscience : échanges en petits groupes et table ronde inspirante

Des échanges entre jeunes par petits groupes ont eu lieu, afin qu’ils puissent partager leurs vécus et mettre des mots sur leurs ressentis. L’objectif : poursuivre le tissage d’une conscience collective et enrichir la parole des jeunes ruraux dans l’espace public.
“J’ai réalisé que tout ce que je faisais me ramenait
à ce sujet de la ruralité”Axel Chauvierre, président du FC Rocquancourt, Calvados (14)
Une table ronde réunissant des personnalités issues de la ruralité a prolongé cette dynamique : Antoine Chevrollier (réalisateur), Pauline Rochart (consultante et autrice), Axel Chauvierre (président du FC Rocquancourt) et Salomé Berlioux (fondatrice de Rura) ont alors partagé leurs parcours, leurs combats et leurs réussites.
3. Passer à l’action
Dernière étape de la journée : transformer la conscience collective en pouvoir d’agir. Plusieurs formats ont été proposés :
- Des tables rondes inspirationnelles, avec des personnalités de premier plan issues de la ruralité qui ont transformé leurs origines rurales en force et qui oeuvrent pour créer des représentations justes de la jeunesse rurale ;
- Des ateliers d’empowerment, pour apprendre à s’affirmer, à prendre la parole, à écrire, à s’adresser aux médias ou à déjouer les codes implicites du monde professionnel ;
- Des formes créatives et collectives, comme l’écriture d’une lettre ouverte à la jeunesse rurale ou le théâtre forum, pour libérer la parole et construire des récits partagés plus représentatif du vécu des jeunes ruraux ;
- Des espaces de projection, pour imaginer des lieux ressources spécifiquement adaptés aux enjeux des jeunes ruraux et pour formaliser des engagements personnels et collectifs.
Chaque jeune est reparti avec des outils concrets lui permettant de s’engager à titre individuel et collectif pour la jeunesse rurale.
L’exposition Nos centres du monde : raconter la ruralité en images

Parce que les mots ne suffisent pas toujours, Rura a lancé un concours photo national à destination des jeunes ruraux de 15 à 23 ans, donnant naissance à l’exposition Nos centres du monde, qui s’est tenue lors de la journée visibles.
Inspirée du travail photographique de Cédric Calandraud (Le reste du monde n’existe pas, Loco Éditions, 2025), cette exposition a mêlé les clichés du photographe et ceux des participants dans trois catégories : portrait, photo de groupe, paysage. Elle a offert un regard nouveau, authentique et loin des clichés habituels, sur le quotidien de la jeunesse rurale française.
visibles, un premier pas vers une jeunesse rurale reconnue et entendue
En réunissant 150 jeunes de toute la France autour d’un vécu commun, Rura a posé les fondations d’une communauté nationale de jeunes ruraux prête à faire bouger les lignes. Une communauté qui refuse l’autocensure, qui revendique sa place dans le récit national et qui sait, désormais, qu’elle n’est pas seule. Parce que changer les représentations, c’est aussi changer les trajectoires.
Rura continue de mener des actions pour lutter contre les fractures territoriales et pour que les jeunes des territoires soient visibles – dans les médias, dans les politiques publiques et dans l’imaginaire collectif français.
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