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Les jeunes des territoires ont la parole

Prendre confiance en soi et oser

Un programme pour faciliter et encourager l’expression des jeunes ruraux

Grand oral du bac, entretien de stage, concours d’entrée en école… Chaque année, ces épreuves orales font trembler des milliers d’élèves. Cela se traduit notamment par une autocensure massive : 8 jeunes sur 10 déclarent avoir déjà renoncé à prendre la parole par manque de confiance (ELOQUENTIA, Jeunesse & expression orale : Baromètre 2025, OpinionWay). Cela est d’autant plus vrai pour les jeunes ruraux, qui se trouvent éloignés des lieux et événements publics à proximité pour s’exercer et qui disposent de peu de figures d’inspiration auxquelles s’identifier, à la télévision, dans la presse, en politique…

C’est face à ce constat que l’association Rura a conçu le programme Les jeunes des territoires ont la parole : un parcours complet de plusieurs mois pour aider les jeunes ruraux à structurer leur discours, porter leur voix et se présenter avec assurance.

Des ateliers jusqu’au concours de prise de parole

Ancré au sein des établissements scolaires, le programme Les jeunes des territoires ont la parole s’articule autour d’ateliers théoriques et pratiques. Les participants y apprennent à construire un discours, à maîtriser leur corps et leur voix, et à affronter les situations orales qui jalonnent leur parcours : Grand oral du bac, oraux d’admission ou encore entretiens d’embauche pour un stage ou un premier emploi.

Pour celles et ceux qui souhaitent aller encore plus loin, il est possible de participer à la journée de concours de prise de parole qui se tient à Paris chaque année : une expérience hors du commun pour des jeunes qui, souvent, n’avaient jamais imaginé monter sur une scène et s’exprimer ainsi devant une audience.

« Je pense que cette expérience m’a permis de nourrir ma confiance en moi, comme une pierre que j’ajoute dans la construction de mon édifice »

Clémence, 18 ans, étudiante en licence arts du spectacle dans le Doubs (25)

Cinq voix, cinq territoires représentés lors de l’événement visibles

En 2025, le concours s’est tenu dans le cadre de l’événement visibles et a revêtu une dimension inédite : cinq jeunes ruraux ont pris la parole devant une audience de plusieurs centaines de personnes et un jury composé d’anciens lauréats du concours, de membres de l’équipe Rura et de partenaires de l’association. Un moment rare car, en milieu rural, les occasions de s’exercer à l’oral et de recevoir des conseils sont plus limitées qu’ailleurs, et les modèles inspirants en la matière, souvent centralisés dans les grandes villes, manquent cruellement. Cinq jeunes ont donc bousculé cette invisibilité : ils ont raconté leur quotidien, leurs doutes, leurs rêves, avec leurs mots. En amont, ils avaient été accompagnés par des professionnels du cabinet d’avocats A&O Sherman, partenaire de longue date de Rura.

Cinq parcours et cinq territoires différents. Pourtant, les mêmes questions en filigrane – celles que tant de jeunes ruraux soulèvent et gardent pour eux, faute d’espaces où les poser : suis-je à ma place ? Est-ce que mon histoire compte, quand on vient d’où je viens ? Et si, finalement, partir ce n’était pas trahir ?

Les participants du concours Les jeunes des territoires ont la parole 2025

Clémence, 18 ans, Doubs (25)
Lauréate du 1er prix

« J’aime à penser que, si nous sommes loin des musées et des expositions prestigieuses, nous n’en sommes pas moins une part de leur histoire. »

Étudiante en licence arts du spectacle à l’Université Marie et Louis Pasteur de Besançon, Clémence a bouleversé le jury avec son discours « Le Louvre, c’est loin. » Elle y démonte l’idée reçue que la culture se vivrait seulement là où sont les grandes institutions : les musiciennes de quartier, les troupes de théâtre itinérantes, les soirées de village forgent, eux aussi, une culture, une sensibilité, une identité, tout aussi légitime que celle que l’on peut trouver à Paris.

Rémi, 17 ans, Allier (03)
Lauréat du 2ème prix

« Difficile de trouver son identité lorsque nos deux repères sont aux antipodes et même se rejettent l’un l’autre. »

Élève au lycée Théodore de Banville à Moulins, Rémi a questionné nos appartenances avec son discours « Ils sont où les miens ? ». Entre Paris, où il se rend régulièrement pour des engagements politiques, et le Bourbonnais, entre deux mondes qui ne se comprennent pas toujours, il met des mots sur ce sentiment de ne coller pleinement à aucun des deux. Il cherche ceux qui lui ressemblent, et nous invite à faire de même.

Yanis, 17 ans, Orne (61)
Lauréat du 3ème prix

« Notre indépendance à nous, jeunes ruraux, est définie autour de ce seul moyen de locomotion : la voiture. »

Dans son discours « En ruralité, la liberté a un prix », le lycéen de l’établissement Auguste Chevalier à Domfront-en-Poiraie met des mots sur une réalité peu visible, peu racontée : quand les trains sont rares et les distances longues, la liberté se mérite… et elle coûte cher. Un discours percutant, qui rend concret et chiffrable ce que « grandir loin » signifie vraiment.

Antonia, 19 ans
Indre-et-Loire (37)

« Si le centre du monde se trouve dans ces grandes villes, que cela fait-il de nous ? Les oubliés ? […] Mon centre du monde est mon choix. »

Étudiante en double licence droit-langues à l’Université de Tours, Antonia a rendu hommage à Monts, son village d’Indre-et-Loire. Avec poésie, elle répond à ce sentiment d’invisibilisation que connaissent tant de jeunes ruraux : le « centre du monde » ne s’impose pas depuis une métropole, il se choisit et le sien est là où elle a grandi.

Ambre, 17 ans
Maine-et-Loire (49)

« Partir, ce n’est pas trahir, c’est faire grandir ce qu’on admire. »

Élève au lycée Julien Gracq à Beaupréau-en-Mauges, Ambre a mis en mots le dilemme que vivent tant de jeunes ruraux à l’approche de l’orientation : faut-il rester pour construire son avenir sur son territoire, ou partir pour se construire ailleurs, sans céder à la culpabilité de choisir l’un ou l’autre ? Sa réponse, nuancée et courageuse, résonne bien au-delà de son territoire.

Ce que ces voix nous disent

Des matins d’hiver à attendre le bus. Des balades en forêt. La vie à l’internat. Ces jeunes n’ont pas parlé de la ruralité comme d’un décor : ils en ont fait la matière vive de leurs discours. Ils ont nommé les doutes, les distances, le sentiment de ne pas être « à sa place ». Surtout, en osant monter sur cette scène, ils ont montré que leur parole compte et qu’elle peut inspirer d’autres jeunes à se sentir légitimes de faire entendre leur voix à leur tour.

Les jeunes des territoires ont la parole : édition 2026

Cette année, 10 jeunes peuvent participer au programme Les jeunes des territoires ont la parole et monteront sur scène lors d’une journée à Paris pour partager leur message, sous un format complètement libre : discours, témoignage, slam, poème, conte, lettre ouverte…

Une journée de préparation est prévue en amont, à Paris, avec des professionnels, pour conseiller les participants sur l’écriture de leur texte et leur prestation sur scène.

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