En France, la ruralité reste largement méconnue. Non pas parce qu’elle serait minoritaire – elle représente plus de 80 % du territoire et accueille un tiers des habitants – mais parce qu’elle est mal mesurée, mal nommée, mal représentée. Trop souvent pensée depuis les centres urbains.
Avec le think tank Destin Commun et les associations Bouge ton coQ et inSite, nous avons voulu interroger cette absence de regard situé, d’écoute directe. Pour ce faire, nous avons mené une vaste enquête d’opinion sur ce que vivent, pensent, espèrent, dénoncent et défendent les habitants des zones rurales. Une enquête menée par les ruraux, auprès des ruraux, pour faire entendre et comprendre les ruraux.
Pourquoi cette enquête ?
Parce qu’on ne peut pas construire un pays en invisibilisant une partie de sa population. Parce qu’on ne peut pas comprendre les colères, les frustrations, les votes, sans entendre ceux qui les portent. Parce qu’on ne peut pas continuer à fabriquer des politiques publiques sans prendre en compte les réalités vécues des habitants de la ruralité.
Notre certitude, forgée par dix ans de terrain chez Rura, est simple :
- Les discours sur les ruraux passent à côté de leur réalité.
- Ce décalage alimente un profond sentiment d’incompréhension.
- Cette incompréhension génère un ressentiment rural profond, complexe, ancré dans des frustrations politiques, culturelles et économiques.
Que révèle cette enquête ?
- Les ruraux ne se sentent jamais représentés, ni dans les médias, ni en politique, ni dans la production culturelle. Entre silence et stéréotypes, pas de juste milieu.
- Les ruraux se sentent complètement tributaires de clichés qui alimentent les discriminations qu’ils subissent au quotidien. Près d’un tiers d’entre eux déclarent avoir déjà été victimes d’au moins une forme de discrimination liée à leur lieu de résidence. Ces situations se manifestent sous diverses formes : difficultés à l’embauche, remarques méprisantes sur leur mode de vie ou encore moqueries concernant leur accent. L’étude permet de déconstruire ces clichés persistants.
- Le ressentiment rural théorisé par la politiste Katherine Cramer aux États-Unis en 2012 décrit les tensions structurelles entre centres urbains et territoires ruraux. Selon elle, ce clivage politique et social se structure autour de trois perceptions d’injustice : le sentiment que les zones rurales ne reçoivent pas leur juste part du pouvoir de décision politique, la conviction que les différences culturelles et de mode de vie entre zones rurales et urbaines ne sont pas respectées, et l’impression d’être lésé dans la répartition des ressources publiques. Notre étude confirme que ces trois dimensions identifiées outre-Atlantique trouvent une résonance saisissante dans les espaces ruraux français.
À chaque niveau se dessine un sentiment de relégation, alimenté par le sentiment que les décisions, les regards et les moyens viennent d’ailleurs, sans prise en compte significative des réalités locales. Contrairement à leurs homologues des villes, les ruraux expriment nettement plus souvent un sentiment d’injustice vis-à-vis des autres territoires.
Loin d’être un simple mécontentement, le ressentiment rural exprime un besoin légitime des habitants des zones rurales d’être entendus, compris et considérés dans leur spécificité.
Pourquoi maintenant ?
Parce que nous approchons d’échéances électorales majeures (municipales puis présidentielles) et qu’il est temps de comprendre les réalités des habitants des zones rurales avant le vote, plutôt que de les décrypter après coup.
L’enquête “Paroles de campagne – Réalités et imaginaires de la ruralité française” est portée par celles et ceux qui vivent la ruralité. Elle donne la parole aux premiers concernés et sort des approches descendantes, en faisant du terrain une source de savoir autant que d’action.
« C’est une étude novatrice parce qu’elle interroge, à travers un gros panel représentatif de la ruralité et de nombreux focus groupes, les ruraux sur ce qu’ils partagent, ce qu’ils expérimentent au quotidien et leurs ressentis des enjeux nationaux à l’approche de 2026 et 2027. »