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LGBTIQ et ruralité : une première étude nationale

Pour en finir avec les caricatures
Fiertés d'ici

Le 18 septembre 2026, Rura et les éditions de l’Aube publient Fiertés d’ici. Grandir LGBTIQ à la campagne, première étude nationale sur les enjeux et trajectoires des jeunes LGBTIQ qui grandissent dans les zones rurales. Écrite par Clément Reversé et Arnaud Alessandrin, deux sociologues de référence, cette étude bat en brèche les poncifs habituels sur ce thème, donnant une meilleure compréhension des discriminations LGBTphobes dans les territoires ruraux et nourrissant une vision plus actuelle de la campagne française.

Si l’on se fie à ce que l’on peut consommer dans les oeuvres culturelles, les médias, les récits dominants, la campagne serait nécessairement homophobe et la ville forcément émancipatrice. Pour vivre librement son orientation sexuelle ou son identité de genre, il faudrait partir. Avec Fiertés d’ici. Grandir LGBTIQ à la campagne, les sociologues Clément Reversé et Arnaud Alessandrin déconstruisent ce récit qui imprègne encore la recherche, les médias et le débat public.

Plus de 850 000 jeunes LGBTIQ grandissent dans les campagnes françaises, mais faute d’études et d’analyses, leurs expériences restent encore méconnues.

L’histoire des minorités sexuelles et de genre s’est principalement écrite depuis les grandes métropoles. Les récits de la ruralité s’imposant étaient alors le plus souvent construits par une lecture parcellaire des trajectoires LGBTIQ, les témoignages collectés par les chercheurs se focalisant sur les récits de ceux qui arrivent en ville, invisibilisant le vécu majoritaire des jeunes LGBTIQ qui restent vivre à la campagne. En découle une ruralité racontée en creux dépeinte comme homogène, conservatrice et hostile à la différence, dont il faudrait nécessairement s’extraire pour pouvoir être soi-même.

Fondé sur 1 062 questionnaires et vingt entretiens menés entre 2024 et 2026, l’ouvrage Fiertés d’ici vient combler cet angle mort. Parmi les personnes interrogées, seules 10 % envisagent de quitter la campagne pour toujours. On est donc loin d’une expérience monolithique pour les jeunes ruraux LGBTIQ qui, pour bien vivre leurs identités ou leurs orientations, devraient forcément quitter leurs territoires ruraux, pour une ville émancipatrice.

L’ouvrage ne s’arrête pour autant pas à une lecture naïve de la ruralité et des contextes de discrimination qu’elle entretient. Si les campagnes ne sont pas intrinsèquement plus LGBTphobes que les villes, la faible densité, l’interconnaissance et l’absence d’anonymat donnent aux discriminations une intensité particulière. Dans un village ou un bourg, l’école, la famille, le travail, le voisinage et les espaces publics s’imbriquent. Une rumeur circule, une réputation s’installe et il devient plus difficile d’échapper durablement au regard des autres. Ainsi, 73 % des répondants déclarent avoir ressenti une discrimination (75 % pour les personnes gays, 82 % pour les personnes trans), la moitié craint le commérage local et plus d’une personne sur cinq renonce à fréquenter une association LGBTIQ par peur d’être reconnue.

À rebours des récits misérabilistes comme des visions idéalisées, Fiertés d’ici montre des jeunes LGBTIQ ruraux ne sont ni condamnés au silence ni destinés à l’exil urbain. Ils et elles habitent leurs territoires, y créent des solidarités, déplacent les normes et revendiquent la possibilité d’être soi-même sans devoir partir.

Alors que la campagne présidentielle est en pleine accélération et que la ruralité se présente comme un des sujets clés et les plus clivants du scrutin, Fiertés d’ici propose une représentation plus juste, plus nuancée de la ruralité et de celles et ceux qui y vivent – et d’un même geste fragilise les descriptions passéistes qui en sont habituellement faites ou propose de nouvelles clés de lecture des vrais enjeux des ruraux.

Auteurs

Clément Reversé

Maître de conférences en sociologie à l’UT2J et IUT Figeac, chercheur à l’UTOPI et au centre associé CEREQ de Toulouse, chercheur associé au Centre Emile Durkheim, codirecteur d’ARESVI. Il est l’auteur de La vie de cassos. Jeunes ruraux en survie aux éditions du Bord de l’eau (2025). Ses travaux portent sur les jeunes vulnérables notamment à l’aune des territoires.

Arnaud Alessandrin

Docteur en sociologie. Chercheur associé au LACES (Université de Bordeaux). Ses travaux portent sur les questions de genre, de santé et de discriminations. Il codirige l’ARESVI et la revue Les cahiers de la LCD – Lutte Contre les Discriminations.

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