Les inégalités de genre ne disparaissent pas hors des villes, elles se renforcent. Entre invisibilisation, manque de ressources et injonctions sociales, les femmes rurales se construisent dans un environnement qui limite leurs ambitions et leur pouvoir d’agir. Avec l’étude « Ce que vivent (vraiment) les femmes rurales », Rura et l’Institut Terram proposent un éclairage inédit sur cette réalité trop peu documentée et montrent comment la distance, le manque d’alternatives et l’organisation quotidienne produisent un “malus rural du genre”.
Pendant des décennies, la ruralité a été pensée “en creux”, soit comme un décor tranquille, soit comme un espace en retard. Si la situation a commencé à changer, les analyses restent encore largement urbaines : elles disent mal ce que vivent les campagnes et encore moins ce que vivent les femmes qui y habitent. Or, un tiers des femmes en France vivent en ruralité : elles travaillent, élèvent des enfants, s’engagent, tiennent les territoires. Pourtant leurs expériences restent rarement racontées, mesurées ou prises en compte. L’étude part de ce constat : regarder l’égalité depuis les campagnes n’est pas un sujet de niche – c’est une condition pour comprendre l’égalité réelle. Loin d’un portrait uniforme de la “femme rurale”, l’étude rappelle la diversité des situations.
Les mêmes mécanismes qu’ailleurs… mais amplifiés
Comme en ville, les femmes assurent l’essentiel du travail domestique. Mais en ruralité, ce travail s’alourdit parce que les alternatives sont rares et les distances longues. Résultat : elles prennent en charge la majorité des démarches administratives du foyer, des trajets scolaires et des activités extrascolaires. Là où il est possible de mutualiser en ville, elles ne peuvent que rarement déléguer ou partager à la campagne.
47 % des femmes rurales ont moins de cinq heures par semaine pour elles-mêmes, contre 25 % des hommes ruraux.
L’étude montre aussi une insécurité économique marquée : la moitié des femmes rurales ne se sent pas en sécurité financière, elles épargnent moins que les hommes ruraux et dépendent plus souvent des revenus de leur partenaire.
Cette étude montre que la ruralité n’est pas un “ailleurs” secondaire. C’est un espace où se joue, avec une intensité particulière, la possibilité pour un tiers des femmes françaises de disposer de leur temps, de leur autonomie économique, de leurs droits, de leur sécurité.
Pour entrer dans le détail des constats, des chiffres et des pistes d’action proposées, lisez l’étude complète.
