Actualités, Culture

“Nos centres du monde”

Un concours photo de Rura
concours photos nos centres du monde

Trop souvent absente des représentations culturelles et médiatiques, la jeunesse des territoires reste largement invisibilisée et très peu racontée. Lorsqu’elle l’est, c’est par des observateurs extérieurs, loin de sa réalité quotidienne. C’est pour lui redonner une parole juste que Rura a imaginé “Nos centres du monde”, son premier concours de photographie, parrainé par le photographe Cédric Calandraud. Près de soixante jeunes photographes, âgés de 15 à 23 ans et issus de zones rurales et de petites villes partout en France, ont participé à cette édition 2025 du concours.

Créer des espaces pour se raconter, ensemble

En France, plus de 10 millions de jeunes grandissent en milieu rural et dans des petites villes. 64 % de la jeunesse française. Pourtant, leurs visages, leurs histoires, leurs lieux de vie restent largement absents des récits culturels et médiatiques dominants. Cette absence de représentation n’est pas anodine. Elle empêche de s’identifier, de se projeter, de se sentir légitime.

Avec “Nos centres du monde”, Rura propose une autre narration de la jeunesse rurale, remettant en question l’origine de ces récits, interrogeant la légitimité des centres et, par voie de conséquence, de ce qu’on qualifie de périphérie.

créer un espace d’expression pour cette jeunesse, pour qu’elle puisse documenter son quotidien, son vécu, ses enjeux. Un espace pour faire communauté, pour révéler des talents et, surtout, pour permettre à celles et ceux qui vivent ces territoires de se représenter eux-mêmes, sans filtre ni injonction esthétique.

Le choix du parrain s’est imposé naturellement : Rura a souhaité poursuivre sa collaboration avec Cédric Calandraud, après avoir soutenu la publication de son livre photo Le reste du monde n’existe pas (Editions Loco, octobre 2025). Dans cet ouvrage, le photographe retourne dans sa région natale, la Charente, pour rencontrer celles et ceux qui sont restés. Une jeunesse attachée à son territoire, qui s’y est construite et qui continue de l’habiter.

“Alors que ce territoire est souvent qualifié de ‘vide’ et de ‘périphérique’, il redonnait toute leur centralité à ces espaces mis de côté.”

Cédric Calandraud, Le reste du monde n’existe pas

Autant de territoires, autant de centres du monde

À leur tour, les participants du concours ont pu représenter leurs “centres du monde” en réalisant des photos qui racontent leur jeunesse à la campagne.

Les jeunes photographes ont proposé une à trois photos dans l’une des trois catégories (portrait, photo de groupe ou paysage) pour illustrer leur expérience et vision personnelle de leur coin.

Des images brutes qui parlent de vie ordinaire, d’amitiés, d’isolement parfois, de solidarité souvent. De paysages familiers, de lieux de sociabilité, de ce qui compte pour eux. Des images qui racontent l’attachement autant que l’ennui, la liberté autant que les contraintes.

Loin des clichés attendus, ces photographies dessinent une ruralité plurielle, complexe, vivante. Et au-delà des spécificités territoriales, elles permettent de dessiner un vécu partagé entre les jeunes ruraux, peu importe le coin ou ils ont grandi.

Un jury composé d’un éditeur, de Cédric Calandraud et d’une alumna ainsi que de membres de l’équipe Rura, a sélectionné neuf photographies lauréates, saluées pour la justesse de leur regard et la force de leur narration visuelle.

Les lauréats catégorie portrait

maman quai de gare argenton sur creuse

Laurine Varnier
Photo gagnante

Sur le quai de la gare d’Argenton-sur-Creuse (4 817 habitants).


Les vacances étaient terminées et je devais retourner à Paris pour mes études. Je prends le train à la gare d’Argenton, la plus proche de ma ville natale, Le Blanc, située à 40 kilomètres. Ma mère me dit au revoir. Quand il le peut, mon père vient aussi.

portrait piniau
Matteo Pereira
Entre Bazancourt (2 416 habitants) et Isles sur Suippes (979 habitants)
grand pere pas de porte
Alexis Barbe
Saint-Martin-d’Abbat (1 825 habitants)

Les lauréats catégorie paysage

velos et train qui passe

Suzanne Maillard
Photo gagnante

A côté d’Argentan (13 400 habitants).


En plein été, c’est toujours dur de trouver comment occuper ses journées. Les balades à vélo deviennent vite la solution. Mais quand le train passe, pied à terre obligatoire pour le regarder et espérer qu’il klaxonne !

arbre tombé
Lisa Hayette
Biziat (897 habitants)
grange
Laurine Varnier
Varenne, situé près du Blanc (6 200 habitants)

Les lauréats catégorie groupe

portrait duo

Matteo Pereira
Photo gagnante

Algrange (6104 habitants)


Florian est un de mes meilleurs amis, il vient de vivre une rupture amoureuse, une relation qui sort du schéma hétérosexuel. Il vit seul cette rupture, isolé de son entourage et de son milieu, qui n’a jamais accepté cette relation. On s’appelle régulièrement pour en parler, il se confie. Je lui ai proposé de le prendre en photo, comme pour faire quelque chose de ce qu’il ressentait.

photo de groupe apres baignade
Lison Maniaval
Lac du Rouget (975 habitants)
groupe autour d'une botteleuse
Elisa Prolhac
Christophe, François, Eric, Florian, Didier et Guytou à Le Lac (1 600 habitants)

À l’issue du concours, les photographies lauréates ont été exposées aux côtés des œuvres de Cédric Calandraud lors de l’événement visibles, organisé par Rura, en octobre 2025. Les lauréats ont également reçu un livre d’art et partagé un moment d’échange privilégié avec le parrain du concours.

Donner à la jeunesse rurale les moyens de documenter son quotidien et ses rêves de l’intérieur, au plus proche de son vécu, c’est contribuer à une représentation plus juste et à l’émergence de nouveaux récits collectifs sur la ruralité.

 

Partager sur les réseaux

Galerie photo